J’habite une ville étrange….

December 27th, 2009 by Anastassja Nikitine

DSC08911

J’habite dans une ville étrange… où il n y a pas d’air, où la liberté ressemble à de la fumée, les montagnes à des bébés dans leur couffin en herbe, les garçons à du vent cristallisé.
Parfois, il y a la lumière qui perce les nuages, elle vient de si loin et elle est pâle, si frêle qu’elle te parle, te murmure, qu’ elle te touche, parce qu’elle a si peu de matière si peu d’ univers dans sa disparition évanescente qu’elle veut ta bouche, et ta peau, et ta manière de dire oui, et ta manière de bouger comme si c’était la vérité.

J’habite une ville déserte, qui s’en fuit dans les altitudes, qui joue de la flûte pour oublier la solitude de ses vallées. Une ville qui peint ses murs en rose et en bleu, qui joue avec l’eau de la pluie à faire des aquarelles dans la rue. Qui danse avec de lourds ponchos et de lourds manteaux, parce que les corps sont des branches, des arbres d’hiver qui perdent leur feuille dans la transe.
C’est Noël et il ne neige pas, les familles dorment dans la rue car il ne fait pas froid. Des pannetons et du vin au goût de jus gazeux se vendent dans chaque petit bout de trottoir. Les enfants s’enroulent autour de leurs mères et dans les cartons et les draps qui les protègent, ils rêvent de grandes maisons, immenses comme leur beauté par terre, là, les yeux fermés, leurs peaux rougis par les lampadaires. Ce sont des veilleurs de l’univers, des chasseurs d’esprit dans leur prière allongé.
Ils portent la totalité dans leur corps enroulés, solides comme des pierres de pyramide assemblés. Ils encerclent la Place des armes, et couchés sur le sol, ce sont les gardes sans col, sans matraque et sans attaque, qui veillent sur chacun de ces chiens, de ces touristes et de ces enfants abandonnés et tristes qui vendent des poupées de ficelle, de laine, fragiles et doux comme leur petit corps.

J’habite ici, dans une ville étrange, où le sol est un refuge, où les maisons n’ont pas de toit, où les jardins sont de grandes cuisines, ou s’emmêlent et se chamaillent les péruviens, les mains, les tresses, les odeurs de choclo, de poulet et d’allégresse.

Où l’amour, c’est s’oublier demain, l’aujourd’hui, un refrain, une mémoire; une chanson d’enfant.

Last 5 posts by Anastassja Nikitine


A Global Volunteer Network Initiative: http://www.volunteer.org.nz